Libres ! par Ron Rash

Ron Rash

Liberté

Il est un raisonnement intéressant que l’on peut tenir : à savoir qu’aux États-Unis écrire ou lire un roman littéraire est l’une des dernières façons que l’on a d’échapper à la tyrannie de la technologie. La vie, pour nombre d’Américains, est trop souvent faite d’interruptions incessantes et de réactions immédiates. Nous sommes encouragés, conditionnés serait peut-être même un terme plus juste, à ne pas réfléchir, à ne pas saisir la complexité de la pensée, à fuir la solitude. Il me revient parfois en mémoire l’image de la grenouille de laboratoire, en cours de biologie à l’université, qu’une impulsion électrique agitait d’un spasme. À l’opposé, le roman littéraire exige une attention soutenue. Les questions qu’il soulève n’offrent pas de réponses faciles, ni même de réponse, mais rappellent à l’écrivain et au lecteur que la véritable liberté rend possible le développement d’une pensée complexe, cette éternelle ennemie des détenteurs du pouvoir économique et politique. De plus, la langue d’un roman littéraire met à nu la rhétorique des clichés et des dérobades employés par le pouvoir. Comme l’a constaté George Orwell : à langue banale, pensée banale. Malheureusement pour mon pays, le résultat, dans une société qui laisse les petites phrases remplacer la pensée approfondie, a été l’élection de Donald Trump.

Parce que je suis romancier, j’ai conscience d’avoir présenté une vision unilatérale de la technologie, et d’avoir proclamé l’importance du roman littéraire, sans expliquer ce qu’il est ou ce qu’il n’est pas. Je n’ai pas non plus décrit de quelle façon les meilleurs essais peuvent produire un effet semblable. Je terminerai donc par une question : Est-il possible que le roman, dans sa longue histoire, soit plus important que jamais pour la cause de la liberté ?

Traduit de l’américain par Isabelle Reinharez

Freedom

An interesting argument can be made that in the United States writing or reading a literary novel is one of the last ways to escape the tyranny of technology. Life for many Americans is too often an act of constant interruption and instant response. We are encouraged, perhaps being conditioned is a better word, not to be reflective or embrace complexity of thought, to avoid solitude. At times I am reminded of seeing a pithed frog in my college biology class, an electric pulse causing its body to twitch. In contrast, the literary novel demands a sustained attentiveness. The questions it raises offer no easy answers, or even give, an answer, but they remind the writer and reader that true freedom allows opportunity for complexity of thought, which is always the enemy of those who hold economic and political power. Further, a literary novel’s language exposes the rhetoric of clichés and evasions that power uses. As George Orwell has noted, cliched language is clichéd thought. Unfortunatly for my country, Donald Trump’s election has shown the result of a society that allows sound bites to replace complet thought.

Because I am a novelist, I am aware that I have offered a one-sided view of technology, and asserted the importance of the literary novel without explaining what is or is not one, and I haven’t discussed how the best books of non-fiction can do the same thing. So I will end with a question: Is it possible that in the novel’s long history, it is more important to the cause of freedom than ever before?

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